Je viens des alpages
J’aime mes montagnes, elles font partie de moi et je fais partie d’elles.
Je viens des alpages, j’ai 400 ans de montagnes dans mes veines, peut être plus. Les gens de la ville prétendent que leur ancêtres descendent du singe, je pense que mes ancêtres descendent de l’épicéa qui recouvre ces montagnes.
Il s’agit de vastes prairies entourée d’une forêt de sapins, d’épicéas et de bouleaux située à 1000 mètres d’altitude. J’aime ces montagnes car elles sont préservées de la pollution, et il pousse champignons, fougères et orties en grand nombre, ce qui témoigne de la pureté de l’air à cet altitude.
En bas s’étend la plaine, et ces villes éparpillés comme des particules blanches bordant un grand lac, puis la plaine s’étale encore jusqu’à la chaîne montagneuse en face. Je ne pus alors m’empêcher d’écrire : « lorsque, depuis les hautes forêts, la plaine s’étale jusqu’à heurter les montagnes voisines, alors l’homme ne peut qu’éprouver qu’un sentiment d’humilité face la grandeur et à la force de la nature ».
La pollution ne vient pas jusqu’ici, elle s’arrête à 700 mètres d’altitude et borde les montagnes d’une brume légère. Nous sommes au dessus des nuages, ils forment une mer moutonnée dans laquelle émergent les montagnes comme des îles éparpillées sur un monde préservé. En bas, sous la mer de nuage, demeure une civilisation engloutie dans sa pollution, sa pluie et ses bruits de machines.
Mais mon véritable monde est celui d’en haut, là ou je croise les cerfs, les renards et les écureuils. Là ou j’honore les hauts conifères, où le soleil dépose dans la forêt bleutée sa teinte dorée au crépuscule, où mille ans plus tôt cette montagne était encore sacrée.
La vie autrefois dans les alpages.
La vie d’autrefois n’était ni meilleur ni pire qu’aujourd’hui. Elle était ainsi et nul n’aurait songé qu’elle fusse autrement. Il y avait les bons cotés et les mauvais cotés. La vie était dur pour tout le monde, et je remercie le progrès d’avoir inventé la machine à laver et le lave vaisselle qui allège considérablement la condition de la femme. Le progrès est venu jusqu’aux champs avec la moissonneuse batteuse, le tracteur et la machine à traire, mais cela s’est accompagné par des endettements. Aussi, le paysan était fier, il voulait le plus beau tracteur mais n’avait pas les moyen de le payer. Il s’endettait ainsi, par fierté, et au grand profit des vendeurs.
Mais à l’époque dont je vous parle, l’argent n’existait pas encore. Du moins, il n’était que secondaire, et trop abstrait pour ces gens de la terre. Nous mesurions la richesse d’un individu, non pas au nombre de pièce de monnaie qu’il possédait, mais à l’étendue de ses terres. En effet, un individu ayant de nombreux terrains pouvait se permettre d’avoir un grand troupeau et une vaste terre cultivable. Aussi, c’étaient là des ressources inépuisables. Tandis que l’argent diminue sans se renouveler automatiquement, les troupeaux se reproduisaient et il suffisait de vendre une vache si l’on venait à manquer d’argent, il y aurait toujours autant de vaches dans un troupeau. Pour le reste, les terres fournissaient autant de légumes, les troupeaux autant de lait et de viande qu’il n’en eut fallu. Les enfant étaient pauvres mais jamais ils n’ont eu faim. Durant la seconde guerre mondiale, les banques fermèrent du jour au lendemain et les villes connurent des pénuries alimentaires, projetant des colonnes de citadins sur les routes de l’exil. Mais les campagnes n’eurent pas à subir ce problème de la faim et du manque, c’est d’ailleurs chez les paysans que les allemands, qui ne faisaient que passer en claquant leur talon sur le sol, venaient réquisitionner une vache de temps à autres, et où les citadins trouvaient de quoi faire du marché noir.
C’étaient des gens de la terre. leur dialecte se rapportait directement à la terre. ils avaient d’innombrables mots pour décrire la consistance d’une terre, la robe d’une vache, l’aspect de la neige, les formes de pluies ou de nuages.
Les rivières des plaines boisées étaient poissonneuses, il n’était pas rare de rapporter quelques poissons chez soi. Il suffisait d’une longue perche, un fil solide sur lequel était attaché un bouton de chemise doré qui reflétait le soleil et attirait les poissons, et d’un hameçon sur lequel était planté un ver. De nos jour, l’on ne trouve plus guère de poissons à cause des barrages et de la pollution.
Les forêts foisonnaient de gibiers, les hommes chassaient surtout les biches, les sangliers, les perdrix et les bécasses. Outre les braconniers solitaires, la chasse se pratiquait toujours en groupe. Mais il s’agissait surtout d’une sortie conviviale où, en vérité, l’on ne chassait pas grand chose. C’était surtout l’occasion de déballer les victuailles sur une couverture et de passer l’après midi à boire du vin, manger de la tomme et étaler un bon morceau de terrine de lapin du un bon morceau de pain. Une fois l’an, les chasseurs organisaient dans le village un grand festin où ils partageaient leur gibier avec la population.
Le sens de l’hospitalité n’était pas un vain mot et la porte était ouverte à qui demandait asile. Une tradition consistait à placer une assiette de plus sur la table, que l’on appelait « l’assiette du pauvre ». Il s’agissait de vagabonds, de pèlerins, d’anciens détenus ou de provinciaux venus chercher du travail. Personne ne leur posait aucune questions, il leur était seulement demander de confier leur carte d’identité aux paysans afin qu’ils ne partent pas avec leur butin, celle-ci leur serait rendue le jour de leur départ. Ces derniers mangeaient dans « l’assiette du pauvre » et dormaient sur la paille avec les vaches dont la chaleur corporelle fournissait en hiver un excellent chauffage. La chambre des paysans était d’ailleurs juxtaposée à la ferme afin de profiter de la chaleur des bêtes. Les gens se chauffaient aussi à la cheminée, mais cela n’était pas sans risque car une seule étincelle pouvait mettre le feu eu chalet. C’est pour cette raison qu’il était construit à proximité du chalet une petite cabane où était entreposés tout ce qui était précieux comme les sacs de grains. Afin ces affaires étaient préservées des incendies.
Le travaille aux champs se faisait souvent en groupe, il était normal que les voisins vous aident dans votre champs si vous les aviez aidé dans le leur. La générosité et l’entre aide étaient encore des qualités que possédaient les paysans. Je me souviens, à huit ans avoir assisté à la dernière récolte de pomme de terre, il y ait au moins une centaine de personne venu aider aux champs. Mon grand père entreposait ses sacs de pommes de terre où chacun pouvait venir se servir et prendre ce dont il avait besoin. Un autre de mes lointains ancêtres cultivait seulement pour donner de la nourriture aux pauvres. Les enfants étaient régulièrement envoyés pour aller chercher des bouses de vache séchés, il s’agissait d’une ressource précieuse car l’on s’en servait comme combustible et comme engrais. Le crottin de cheval était des plus réputé.
Les semences débutaient au 1er Mai, et les paysans avaient mille façons de protéger leur récoltes des oiseaux et des limaces. Ils fabriquaient leur propre insecticide naturelle, ce qui est aujourd’hui interdit, disposaient de la cendre autour de leurs plantation pour freiner les limaces, suspendaient le cadavre d’un oiseau au dessus du potager afin de faire fuir les volatiles, laissaient au sol un miroir qui les éblouissaient et recouvraient les jeunes pouces par du branchage pour intriguer et dissuader les animaux. La fauche du foin se faisait aux alentours du solstice d’été, mais les paysans travaillaient le soir à la pleine lune plutôt que la journée sous le soleil. Enfin, en automne se déroulaient les dernières récoltes et l’on enterrait déjà le composte qui allait fermenter durant l’hiver pour rendre la terre fertile dès le printemps. C’est pour cette raison que la mi-automne, Samain, était le nouvel an chez les celtes.
Il n’y avait pas de confort, et l’on mourrait encore de la rougeole et de la grippe. Je remercie ces hommes et ces femmes ayant consacré leur vie à la recherche de vaccins et d’antibiotiques, faisant croire aujourd’hui à la nouvelle génération qu’il s’agit de maladies bénignes. La mortalité infantile était élevé, mais passé la petite enfance, l’on pouvait s’estimer aguerris à tous les maux. Face aux maladies et aux accidents, les gens faisaient appel à des guérisseurs ou des rebouteux. Ces derniers connaissaient les plantes qui soignent, savaient couper le feu, coupaient aussi la douleur et replaçaient des tendons déplacés. Les gens pouvaient leur donner ce qu’ils voulaient, des légumes, un morceau de viande, mais les guérisseurs disaient « ce n’est pas moi qu’il faut remercier, mais le ciel ». Un jour, à sept ou huit ans, je me suis brûlé la cuisse en voulant monter sur un tracteur encore chaud. On m’a emmené auprès d’une femme qui coupait le feu, celle-ci a fait des signes sur ma brûlure en récitant des prières, puis m’a dit « demain, il n’y aura plus rien, mais ne touche pas à ta jambe jusqu’à demain. En effet, ma brûlure avait disparu le lendemain. Ce savoir était transmis de génération en génération, mais il n’était jamais révélé aux étrangers. En effet, les guérisseurs s’assuraient que la personne recevant ce don ne s’en servirait pas pour s’enrichir. Il y avait les guérisseurs dans chaque village, mais il y avait aussi des mauvais oeils et l’on s’en protégeait en jetant du sel autour de nous. Outre les guérisseurs, les enfants connaissaient les plantes médicinales dès leur plus jeune âge, certains d’entre eux n’avaient jamais vu de docteurs de leur vie.
Il n’y avait pas le confort. La crème solaire n’existait pas encore et les montagnards étalaient de la cendre sur leur visage pour le préserver du soleil et de la neige. Les gens se lavaient dans une bassine d’eau chaude et allaient faire leur besoins aux « cabinets », une cabane en bois à l’extérieur du chalet. Il n’y avait pas toujours de frigo, les aliments étaient conservés dans du sel ou dans un récipient d’eau afin de les préserver des mouches. Il n’y avait pas non plus de panneaux solaires, mais les gens avaient de la suite dans les idées. Il suffisait d’un vélo sans roues sur lequel pédalait un enfant, et cet objet pouvait alimenter en électricité une radio ou une télévision. Il n’y avait pas de chauffage, nous nous servions d’une sorte de pierre chauffée, enroulée dans du papier journal et placé dans le lit pour le réchauffer. Aussi, le fer à repasser était un instrument en fer dans lequel était placé une petite brique en pierre chauffé. Aujourd’hui, les jeunes sont désemparés s’ils n’ont pas leur portable, leur home-cinéma et leur clim. Notre jeunesse est affaiblie par le confort et la sécurité.
Sur le plan social, les gens vivaient ensemble. Un habitat pouvait accueillir quatre génération, et les gens allaient d’une maison à l’autre, souvent à l’improviste, demander des nouvelles. Puis il y avait ces veillées lors des longues nuits d’hiver durant lesquelles se rassemblaient les gens du village. C’est au cours de ces veillées que les artisans fabriquaient de beaux objets en bois sculptés, que les femmes confectionnaient des vêtement de laine. La grolle, un ustensile rond muni d’un couvercle et pourvu de tubes de chaque cotés de l’objet dans lesquels les hommes buvaient la gnole chacun leur tour, les repas comme la fondue ou la raclette, témoignent de ce sentiment de partage et de convivialité chez les gens d’autrefois.
Il n’était pas aisé d’aller trouver une fille dans le village voisin, car les filles étaient surveillés et gare à celui qui, venant d’un autre village, osait s’aventurer dans tel ou tel village. Il avait les représailles de ses frères et des garçons du village. Aussi, les mariages consanguins étaient fréquents. Heureusement, les bals populaires des grands bourgs étaient l’occasions pour les jeunes gens de villages différents de faire connaissance, évitant ainsi les risques de consanguinité. Les enfants allaient à l’école pour une durée de six ans environs, avant le fameux certificat qui était l’équivalent du brevet, et il n’était pas rare que dans une seule classe se côtoyaient des enfants âgés de 8 à 16 ans. Il est faux de penser que les fils de paysans ne pouvaient accéder aux études. Si ce dernier se montrait intelligent, l’instituteur pouvait lui permettre de poursuivre ses études au séminaire ou dans une grande école, il fallait seulement en convaincre les parents. Ma grand-mère, fille de paysanne, était surdouée et s’était fait remarquée pour sa vivacité d’esprit. Aussi, l’instituteur supplia ses parents de lui faire poursuivre les études, mais ses derniers refusèrent en disant que sa place était à la ferme.
Ce monde a commencé à disparaître à la fin des années 1970. Au début des années 1980, les alpages devinrent une destination touristique et une zone frontalière. Alors l’argent est venu, et avec l’argent disparut le sens de l’humilité, de l’hospitalité et de la générosité chez les gens simples d’autrefois. Aujourd’hui, les rivières n’ont plus de poissons, les zones industrielles ont remplacé les plaines fertiles et les grand bourgs sont devenus des villes dortoirs. Mais le temps change. Certes, il apporte avec lui la perte des valeurs anciennes basées sur le partage et l’humilité. Mais il apporte aussi l’ouverture d’esprit, le progrès de la médecine, les merveilleuses technologies modernes et la liberté des mœurs qui ne peuvent qu’offrir une vie meilleur à la jeunesse. Bien sûr, l’idéal serait le bon sens d’autrefois combinée avec la technologie d’aujourd’hui, mais le monde parfait n’a encore jamais existé.
Les conseils de randonnée
La marche n’est pas une compétition, il ne s’agit pas d’aller vite et de revenir essoufflé. Il faut prendre le temps de marcher et adapter sa respiration au rythme de sa marche, ainsi nous maintenons un rythme de marche à l’allure constante. Il est important de respirer par le nez et de remplir ses poumons, plutôt que de respirer par la bouche et ne rien mettre dans ses poumons.
On se fatigue moins en marchant avec un bâton car celui-ci supporte le poids du corps. On peut marcher longtemps et parcourir de longues distances sans s’essouffler. En outre, le bâton a l’avantage de faire fuir les serpents grâce à ses vibrations sur le sol.
En été, il est préférable de porter des vêtements souples à manches longues et des pantalons légers, cela pour éviter les piqûres de moustiques.
Il faut boire souvent pour évitez la déshydratation. Il m’arrive de nouer un tissus mouillé autour du cou pour que la peau absorbe l’eau et réhydrate le corps.
Il faut toujours faire bouillir l’eau d’une rivière ou d’un ruisseau avant de la boire, cela pour tuer les bactéries et éviter la diarrhée ou la typhoïde.
Si l’on souhaite se baigner, il ne faut pas oublier de mouiller sa nuque et ses pieds avant d’aller dans l’eau, cela pour éviter une hydrocution.
Lorsque l’on a les mains gelées en hiver, il ne faut pas souffler dessus pour les réchauffer car la vapeur provenant du souffle gel sur la peau et la douleur n’en est que plus vive.
Si l’on a les mains ou les pieds gelés, il faut frictionner vigoureusement la partie gelée avec ses mains afin de faire circuler le sang et ainsi réchauffer le corps.
En haute montagne, il faut toujours être deux. Aussi, il est bon d’avoir sur soi une petite lampe ou un miroir qui se referme. En cas de chute, les secours peuvent alors vous repérer si vous agitez la petite lampe ou orientez le miroir face aux spots géants qu’utilisent les secours en montagne. Enfin, je rappelle qu’il faut toujours redoubler de vigilance sur une montagne que nous connaissons bien et dont nous nous méfions moins.
Ne faîtes pas de mal aux arbres, aux plantes et aux animaux
Je parlais un jour avec un éleveur de bovin et ce dernier me disait qu’il fallait prendre grand soin des vaches si l’on voulait du bon lait, car la qualité du lait dépend de la manière dont on élève le troupeau. Certains éleveurs négligeant leurs troupeaux, omettant de les soigner, ne leur offrant pas suffisamment de pâturages, se sont vu dispensés de pratiquer l’élevage car le lait n’était pas de bonne qualité et n’était donc pas sélectionné. Nous étions aussi d’accord sur le fait que la qualité de la viande dépendait de la manière dont était tué l’animal. En effet, moins il subit de stress, moins il souffre et meilleur est la viande. Dans le cas contraire, lorsqu’un animal est brutalisé ou subit un stress important, son corps fabrique des toxines qui empoisonne la chair de l’animal, sans compter les muscles qui se crispent et deviennent nerveux. Si nous voulons avoir du bon lait et de la bonne viande, nous devons aimer les animaux et les respecter.
Il en est de même pour le jardinier. Les plantes et les arbres sont également réceptifs au stress, ils nous donnent de bons fruits sucrés et de bons légumes lorsque nous les entretenons avec bienveillance, et des fruits fades lorsqu’ils se sentent agressés.
Nos cellules se nourrissent de ce que nous absorbons. Nos cellules se renouvellent grâce aux substances que nous prenons dans la nourriture, et nous devenons nous même ce que nous mangeons. Ainsi notre corps est le reflet de ce que nous mangeons et absorbons. Ce ne sont pas les hamburgers, ni les sucreries, ni les aliments surgelés qui vont offrir à nos cellules ce dont elles ont besoin. Il leur faut des aliments frais, un lapin égorgé ce matin et cuisiné à midi, un fruit tombé de l’arbre et mangé sur place, du pain dont le blé à été pilé le jour de la cuisson, des baies et des fraises des bois mangés au détour d’un chemin. Notre santé ne s’en portera que mieux.
Ne faites pas de mal aux arbres, aux plantes et aux animaux. Lorsque nous considérons les êtres vivants avec amour et bienveillance, ils nous offrent les meilleurs aliments et leur état de santé est notre état de santé.