Une terre et des hommes
Publié le 19/10/2009 à 16:50 par odeurdelaterre
Dans l'emission "Cuisine des terroires" sur Arte, Holger preusse réalisait dans le haut atlas un repportage sur un village vivant dans l'autosuffisance.
Une villageoise lui montrait comment l'on fabriquait le pain. Il suffisait tout bonnement de mélanger de la farine avec de l'eau, accompagné d'un peu de sel et de levure, et de pétrire la pâte. Puis la pâte était mis à cuire dans le four. Nous remarquerons par ailleurs que le four en argile est entièrement artisanal.
Publié le 19/10/2009 à 16:45 par odeurdelaterre
Dans l'emission "Cuisine des terroires" sur Arte, Holger preusse réalisait un reportage dans le Le haut Atlas, dans un village berbere où les habitants vivent dans l'autosuffisance et l'entre aide.
Afin de cuire un mouton, ils ont construit le jour même un four en mélangeant de la paille de mais, de l'eau et de la terre. Peu à peu, le dôme en argile se formait et était pret à recevoir le mouton.
L'un des villageois dit au repporter.
"On s’entre aide mutuellement quelque soit le travail à faire. Battre le blé ou le récolter, comme ça le travail est plus facile. Il vaut mieux s’entre aider parce que cela nous revient moins cher que de payer quelqu’un. Aujourd’hui je donne un coup de main, demain c’est moi qu’on aidera. Ca se passe comme ça chez nous, on est toujous prêt à s’entre aider. De toute façon, on y arriverait pas tout seul".
Publié le 28/05/2009 à 11:24 par odeurdelaterre
La Chine, et le chinois de tous les jours
Peu d’endroits au monde réunissent un tel contraste anachronique et social, un développement fulgurant mêlé à une stagnation millénaire. La Chine, pays entre tradition et modernité, fascine de par sa capacité à s’adapter au monde moderne tout en conservant ses valeurs traditionnelles.
Il n’est pas question ici de parler politique, ni d’économie, ni de ces choses qui appartiennent à un monde aseptisé. Je veux parler du petit peuple, le vrai, ce chinois de tous les jours, celui qui va vous inviter à manger avec eux, à visiter leur quartier, à jouer une partie d’échec avec vous. Celui qui est en dehors des médias, du système, du bouleversement mondial, et qui cultive son champ sans se préoccuper de savoir si la terre tournera encore sans lui.
Les Chinois sont très attentifs à ce qui les entourent, et s’ils voient un touriste égarés, et qu’ils parlent anglais, leur réaction sera d’aller naturellement vers lui et de lui dire « Can I help you ? ». Lorsqu’un chinois propose de vous aider, ce n’est pas pour de semblant. Il vous hébergera et vous proposera son propre lit si vous n’avez nulle part où dormir. Il se démènera toute une journée ou toute une nuit pour vous résoudre un problème et restera jusqu’à ce que la situation soit réglée. Un jour, je cherchais un petit hôtel, je j’avais que 30 yuans sur moi et les banques étaient fermées. De suite, un couple est venu me voir et m’a dit « Can I help you ? », je leur ai expliqué et au bout de cinq minutes une dizaine de chinois appelaient avec leurs portables les hôtels pour me trouver une chambre. A 11h 00, nous trouvions enfin une petite auberge et le couple m’a invité au restaurant pour fêter ça. J’ai pleuré toute la nuit, dans mon hôtel, émerveillé par tant de gentillesse gratuite.
En Chine, les handicapés sont tout à fait intégrés dans la population. Combien de fois ai-je vu un défiguré attendre le bus avec tout le monde sans que cela ne choque personne. J’ai même vu des chinois aider un vieil aveugle à monter et à descendre du bus. Un soir, au marché, je vis un chinois mutilé à qui il ne restait qu’un bras, il composait des calligraphies et gagnait sa vie ainsi.
Dans l’ensemble, la qualité de vie est saine. En Chine, on mange frais. Le poisson est acheté vivant, la poule est tuée sur place au dessus d’une bouche d’égout. Les nouilles, dit LaMian, sont une spécialité du peuple hui. Ils sont fabriqués sous nos yeux avec de la farine et des œufs. Rien n’est surgelé, rien n’est sous emballage, le chinois n’a qu’une poubelle par mois à jeter. Les chinois veillent à leur santé. Ils pratiquent des exercices comme le Tai Chi, ou même de la gymnastique, sur la place publique ou sur la colline. Des plantes médicinales sont en vente libre dans les pharmacies aux cotés des médicaments industriels. Aussi se livrent-ils régulièrement à des massages et à la réflexologie. Les chinois ont su allier la médecine traditionnelle et la médecine moderne dans les hôpitaux. Lorsque l’une ne suffit pas, nous faisons appel à l’autre.
Les chinois ont le sens du partage. Ils vous invitent spontanément à manger chez eux ou au restaurant, insistent pour payer et, dans un train, chacun déballera ses victuailles et chacun se servira dans le sac de l’autre. L’esprit de groupe est très important en Chine. Tôt le matin, les chinois se rassemblent sur la place publique et pratiquent le Tai Chi en coordonnant leur geste, surtout dans la Chine du sud. Le soir venu, sur cette même place publique, les chinois, jeunes et vieux, viennent danser à la manière d’un grand bal jusque tard dans la nuit. Aussi est-il fréquent d’assister, l’espace de quelques minutes dans la journée, un groupe d’employer dansant avec le patron sur une musique moderne, afin de renforcer l’esprit de groupe. Il y a, certes, une once de politique, mais depuis des millénaires et bien avant le communisme les chinois ont toujours fonctionné en groupe.
Les Chinois sont décontractés, jouent aux cartes au bord d’une route, aux échecs dans une ruelle, chantent dans un parc, il règne une grande simplicité dans le mode de vie chinois.
En quelle année sommes nous en Chine ? Difficile de le dire tant les quartiers futuristes côtoient les rues moyenâgeuses, tout s’engendre dans un décors anachronique où, à nouveau, la Chine moderne se confond avec la Chine traditionnelle. Un bâtiment sur deux est en construction, les Hutongs, ces vieilles ruelles qui gardent encore le charme de jadis, sont peu à peu démolis. A Taiyuan, aux frontières de la Mongolie intérieure, deux jeunes chinois m’ont dit en regardant l’étendue de la ville « Il y a encore deux ans, ici, ce n’était que des champs ». On trouve des cybercafés, appelés « wangpa » dans les villes les plus petites et les plus reculées de chine. La moitié de la population chinoise roule en vélomoteur électrique nommé « Diandongche » au prix de 2000 yuans (200 euros), il existe aussi des bus électriques, les villes sont éclairées toutes la nuits par des lumières colorés et animées, la Chine hésite entre le futurisme et le pittoresque.
Ainsi, le chinois, celui de tous les jours, est un homme simple, généreux, convivial, il se perd dans un monde millénaire subissant l’assaut du futurisme mais en rit en buvant son thé à l’ombre d’une terrasse.
Publié le 18/05/2009 à 10:21 par odeurdelaterre
Bonjour,
Appel à vos témoignages
On nous montre souvent la terre comme un lieu sombre où reigne le chaos permanent. Certe, ce n'est pas faux, mais le sombre n'est pas non plus la couleur de notre belle planette bleue ciel. Ayant un peu baroudé dans le monde, j'ai retrouvé des traces d'humanisme en des lieux inattendus et que je croyais oublié.
J'ai créé une nouvelle catégorie appelé "Une terre et des hommes" dans lequel une partie du monde et ses habitants sont dépeins de manière authantique. Je recherche l'humanisme, le partage, l'entre aide désinterressée et d'autres valeurs qui perdurent encore aujourd'hui. Ces régions peuvent être suisses comme Françaises, belges, africaines, quebecoises, asiatiques ou autre. Il s'agit aussi de présenter la mentalité des peuples et montrer que le civisme peut avoir une portée différente que celle dite "civilisée". Vous avez rencontré des amérindiens dans les réserves, des familles kabyles dans l'Atlas, ou une région d'Europe, et vous avez été touché par la simplicité et la grandeur humaine de la région. Dans ce cas, présentez-moi vos témoignages et je les publierai.Ces témoignages devront rester neutre sur le plan politique et ne porter aucun jugement.
Merci
Florent
Publié le 07/05/2009 à 12:00 par odeurdelaterre
40 000 ans d’humanité
Durant 40 000 ans, nous avons toujours eu la même quantité d’eau. Elle montait au ciel, tombait en neige et en pluie, revenait à la mer. Nous la buvions, nous nous lavions avec, nous la gaspillions sans nous en soucier. Toujours elle était recyclée par la terre, qu’elle fusse urine ou sève, il y avait toujours la même quantité d’eau sur terre.
Durant 40 000 ans, nous avons chassé la baleine, le morse, le phoque. Nous chassions sans compter tant la terre n’était qu’abondance. Ils se reproduisaient et nous savions qu’il y en aurait autant l’année suivante.
Durant 40 000 ans nous nous sommes installés où bon nous semblait, cultivions la première terre fertile qui se trouvait à proximité, érigions notre demeure par les matériaux à notre disposition sur une terre qui n’appartenait à personne.
Durant 40 000 ans, nous avons pratiqué la médecine. Nous le faisions pour soigner, ou encore pour prévenir la maladie avant qu’elle ne se déclare. Nous le faisions parce qu’il le fallait, car c’était le rôle du guérisseur, car il eut été impensable de laisser mourir un être si nous connaissions le remède à son mal. Nous utilisions plantes, argile, miel, graisse, et avons développés de grandes médecines en Amazonie, en Inde, en Chine, partout dans le monde. Nous n’en tirions aucun bénéfice, nous le faisions seulement pour le bien de tous, pour aider l’humanité à progresser dans la lutte contre la souffrance, et cela de manière désintéressée.
Durant 5 000 ans nous avons déchiffré les étoiles et créés de nouvelles inventions. Nous ne le faisions ni pour l’argent, ni pour la reconnaissance, mais seulement pour faire progresser l’humanité. La science n’était pas motivée par l’argent, nous n’avions pas à breveter notre savoir, la science était développée gratuitement par des passionnés aidant l’humanité à s’améliorer. Ainsi avons-nous inventé le calendrier celtique le Coligny, le calendrier Maya, l’astrolabe arabe, le théorème de pitagore et le chiffre d’or, cela de manière tout à fait désintéressée.
Publié le 30/03/2009 à 12:00 par odeurdelaterre
L’Afrique de l’ouest
Il est une contrée où la réalité rivalise avec le mirage, où le désert devient un oasis de paix, où la modestie devient une richesse. Rarement je n’avais reçu autant d’amour, de douceur, jamais je n’ai vu quiconque élever la voix, se mettre en colère. Rarement je n’avais observé de telles valeurs de partage, de joie de vivre comme un affront face à la mort, de fraternité, d'unité.
En Afrique, les peuples vivent ensemble et les gens parlent couramment cinq ou six langues, à savoir le peul, le tamasheq, l’arabe, le français, le zarma et le haoussa. Aussi avons-nous l’air bien ridicules avec nous deux langues vivantes appris au collège.
Je peux en témoigner, il règne une véritable ambiance de fraternité, chacun s’invite chez l’autre, et cela sans se soucier de l’appartenance ethnique de l’invité.
En Afrique de l’ouest, les gens ignorent la propriété privée, la possession d’un objet, rien n’appartient à personne. L’exemple le plus frappant est le repas. Une tradition veut que l’on cuisine pour le voisin. Si le voisin n’a plus de nourriture à nous offrir, ce n’est pas grave car nous aurons cuisiné pour lui et notre plaisir sera de le lui offrir le plat. Si nous n’avons plus de nourriture à offrir à un voisin, ce n’est pas grave non plus car un voisin aura cuisiné pour nous. Aussi, lorsque nous offrons un repas à un voisin, nous recevons un repas de la part d’un autre voisin.
Il s’agit d’un plat unique autour duquel nous nous regroupons pour manger, nous nous retrouvons souvent à dix autour d’un plat de riz ou de nouilles, et chacun plante sa cuillère dans le plat en palabrant. Tout le monde est le bienvenue, même ceux venus à l’improviste. Nous nous retrouvons entre homme car les femmes et les enfants mangent à part. Le sens du partage est si présent qu’il arrive de manger un plat unique avec une cuillère unique que l’on passe de main en main.
Ici, on donne comme on respire, dites à une femme que son collier est joli et elle vous le donnera aussitôt. Un berger m’avait dit « Si j’avais su que tu venais ce soir, j’aurais égorgé la dernière chèvre qu’il me reste pour t’accueillir ». La magie de ce lieu est que les gens n’ont rien mais ils donnent tout. Et lorsqu’ils n’ont plus rien à offrir, ils offrent l’amitié.
Il existe un respect mutuel entre les anciens, les hommes, les femmes et les enfants. Les femmes sont très libres, ne se voilent que si elles le désirent, et parlent de vive voix. Bien sûr, il existe une pudeur, une retenue entre hommes et femmes, et si chacun vit dans son coin et ne se mélange guère, le respect de la femme est bien plus présent qu’on ne le pense. La femme bénéficie de droit remontant aux temps anciens, elle peut demander le divorce et mettre dehors son mari couvert de honte. Elle garde la tente et les affaires personnelles car tout ce qui touche le foyer appartient à la femme. Les enfants en Afrique sont sacrés, il est impensable de les battre ou de leur crier après. Mais sous leur liberté apparente, les enfants ne sont jamais livrés à eux-mêmes. Il y a toujours un oncle, un cousin, un vieillard, un voisin pour avoir l’œil sur eux, pour répéter ce qu’ils ont vu, pour les reprendre si besoin. En dehors de cela, l’enfant dort où bon lui semble et les jeunes commencent très tôt leur apprentissage sentimental qui, au départ, s’apparente à un jeu mêlé de plaisir et de risque.
Les gens du désert ne sont pas rancuniers, la vie est trop courte pour haïr quelqu’un, trop dure pour s’attacher à quelqu’un. On ne prononce point le nom des morts, on ne se retourne point après avoir inhumer son ami, on oublie et la vie suit son cours. Mektub, c’est la fatalité de la vie qui n’est ni bien ni mal, qui est. La cérémonie du thé est là pour rappeler que chaque tasse est sucrée comme la vie, doux comme l’amour, amer comme la mort. Un homme me l’a dit « Si on nous a fait quelque chose de mal, nous l’oublions et nous continuons de vivre sans penser à cela. De même, si on nous a fait quelque chose de bien, nous l’oublions aussi et nous passons à autre chose ». On n’attend pas en retour ce que l’on donne, on ne cherche pas à rendre en retour ce que l’on nous a fait en bien et en mal. On oublie, on vit, on danse.
La vie c’est ça, yowa !
Publié le 04/08/2008 à 12:00 par odeurdelaterre
La vie autrefois dans les alpes.
La vie d’autrefois n’était ni meilleur ni pire qu’aujourd’hui. Elle était ainsi et nul n’aurait songé qu’elle fusse autrement. Il y avait les bons cotés et les mauvais cotés. La vie était dur pour tout le monde, et je remercie le progrès d’avoir inventé la machine à laver et le lave vaisselle qui allège considérablement la condition de la femme. Le progrès est venu jusqu’aux champs avec la moissonneuse batteuse, le tracteur et la machine à traire, mais cela s’est accompagné par des endettements. Aussi, le paysan était fier, il voulait le plus beau tracteur mais n’avait pas les moyen de le payer. Il s’endettait ainsi, par fierté, et au grand profit des vendeurs.
Mais à l’époque dont je vous parle, l’argent n’existait pas encore. Du moins, il n’était que secondaire, et trop abstrait pour ces gens de la terre. Nous mesurions la richesse d’un individu, non pas au nombre de pièce de monnaie qu’il possédait, mais à l’étendue de ses terres. En effet, un individu ayant de nombreux terrains pouvait se permettre d’avoir un grand troupeau et une vaste terre cultivable. Aussi, c’étaient là des ressources inépuisables. Tandis que l’argent diminue sans se renouveler automatiquement, les troupeaux se reproduisaient et il suffisait de vendre une vache si l’on venait à manquer d’argent, il y aurait toujours autant de vaches dans un troupeau. Pour le reste, les terres fournissaient autant de légumes, les troupeaux autant de lait et de viande qu’il n’en eut fallu. Les enfant étaient pauvres mais jamais ils n’ont eu faim. Durant la seconde guerre mondiale, les banques fermèrent du jour au lendemain et les villes connurent des pénuries alimentaires, projetant des colonnes de citadins sur les routes de l’exil. Mais les campagnes n’eurent pas à subir ce problème de la faim et du manque, c’est d’ailleurs chez les paysans que les allemands, qui ne faisaient que passer en claquant leur talon sur le sol, venaient réquisitionner une vache de temps à autres, et où les citadins trouvaient de quoi faire du marché noir.
C’étaient des gens de la terre. leur dialecte se rapportait directement à la terre. ils avaient d’innombrables mots pour décrire la consistance d’une terre, la robe d’une vache, l’aspect de la neige, les formes de pluies ou de nuages.
Les rivières des plaines boisées étaient poissonneuses, il n’était pas rare de rapporter quelques poissons chez soi. Il suffisait d’une longue perche, un fil solide sur lequel était attaché un bouton de chemise doré qui reflétait le soleil et attirait les poissons, et d’un hameçon sur lequel était planté un ver. De nos jour, l’on ne trouve plus guère de poissons à cause des barrages et de la pollution.
Les forêts foisonnaient de gibiers, les hommes chassaient surtout les biches, les sangliers, les perdrix et les bécasses. Outre les braconniers solitaires, la chasse se pratiquait toujours en groupe. Mais il s’agissait surtout d’une sortie conviviale où, en vérité, l’on ne chassait pas grand chose. C’était surtout l’occasion de déballer les victuailles sur une couverture et de passer l’après midi à boire du vin, manger de la tomme et étaler un bon morceau de terrine de lapin du un bon morceau de pain. Une fois l’an, les chasseurs organisaient dans le village un grand festin où ils partageaient leur gibier avec la population.
Le sens de l’hospitalité n’était pas un vain mot et la porte était ouverte à qui demandait asile. Une tradition consistait à placer une assiette de plus sur la table, que l’on appelait « l’assiette du pauvre ». Il s’agissait de vagabonds, de pèlerins, d’anciens détenus ou de provinciaux venus chercher du travail. Personne ne leur posait aucune questions, il leur était seulement demander de confier leur carte d’identité aux paysans afin qu’ils ne partent pas avec leur butin, celle-ci leur serait rendue le jour de leur départ. Ces derniers mangeaient dans « l’assiette du pauvre » et dormaient sur la paille avec les vaches dont la chaleur corporelle fournissait en hiver un excellent chauffage. La chambre des paysans était d’ailleurs juxtaposée à la ferme afin de profiter de la chaleur des bêtes. Les gens se chauffaient aussi à la cheminée, mais cela n’était pas sans risque car une seule étincelle pouvait mettre le feu eu chalet. C’est pour cette raison qu’il était construit à proximité du chalet une petite cabane où était entreposés tout ce qui était précieux comme les sacs de grains. Afin ces affaires étaient préservées des incendies.
Le travaille aux champs se faisait souvent en groupe, il était normal que les voisins vous aident dans votre champs si vous les aviez aidé dans le leur. La générosité et l’entre aide étaient encore des qualités que possédaient les paysans. Je me souviens, à huit ans avoir assisté à la dernière récolte de pomme de terre, il y ait au moins une centaine de personne venu aider aux champs. Mon grand père entreposait ses sacs de pommes de terre où chacun pouvait venir se servir et prendre ce dont il avait besoin. Un autre de mes lointains ancêtres cultivait seulement pour donner de la nourriture aux pauvres. Les enfants étaient régulièrement envoyés pour aller chercher des bouses de vache séchés, il s’agissait d’une ressource précieuse car l’on s’en servait comme combustible et comme engrais. Le crottin de cheval était des plus réputé.
Les semences débutaient au 1er Mai, et les paysans avaient mille façons de protéger leur récoltes des oiseaux et des limaces. Ils fabriquaient leur propre insecticide naturelle, ce qui est aujourd’hui interdit, disposaient de la cendre autour de leurs plantation pour freiner les limaces, suspendaient le cadavre d’un oiseau au dessus du potager afin de faire fuir les volatiles, laissaient au sol un miroir qui les éblouissaient et recouvraient les jeunes pouces par du branchage pour intriguer et dissuader les animaux. La fauche du foin se faisait aux alentours du solstice d’été, mais les paysans travaillaient le soir à la pleine lune plutôt que la journée sous le soleil. Enfin, en automne se déroulaient les dernières récoltes et l’on enterrait déjà le composte qui allait fermenter durant l’hiver pour rendre la terre fertile dès le printemps. C’est pour cette raison que la mi-automne, Samain, était le nouvel an chez les celtes.
Il n’y avait pas de confort, et l’on mourrait encore de la rougeole et de la grippe. Je remercie ces hommes et ces femmes ayant consacré leur vie à la recherche de vaccins et d’antibiotiques, faisant croire aujourd’hui à la nouvelle génération qu’il s’agit de maladies bénignes. La mortalité infantile était élevé, mais passé la petite enfance, l’on pouvait s’estimer aguerris à tous les maux. Face aux maladies et aux accidents, les gens faisaient appel à des guérisseurs ou des rebouteux. Ces derniers connaissaient les plantes qui soignent, savaient couper le feu, coupaient aussi la douleur et replaçaient des tendons déplacés. Les gens pouvaient leur donner ce qu’ils voulaient, des légumes, un morceau de viande, mais les guérisseurs disaient « ce n’est pas moi qu’il faut remercier, mais le ciel ». Un jour, à sept ou huit ans, je me suis brûlé la cuisse en voulant monter sur un tracteur encore chaud. On m’a emmené auprès d’une femme qui coupait le feu, celle-ci a fait des signes sur ma brûlure en récitant des prières, puis m’a dit « demain, il n’y aura plus rien, mais ne touche pas à ta jambe jusqu’à demain. En effet, ma brûlure avait disparu le lendemain. Ce savoir était transmis de génération en génération, mais il n’était jamais révélé aux étrangers. En effet, les guérisseurs s’assuraient que la personne recevant ce don ne s’en servirait pas pour s’enrichir. Il y avait les guérisseurs dans chaque village, mais il y avait aussi des mauvais oeils et l’on s’en protégeait en jetant du sel autour de nous. Outre les guérisseurs, les enfants connaissaient les plantes médicinales dès leur plus jeune âge, certains d’entre eux n’avaient jamais vu de docteurs de leur vie.
Il n’y avait pas le confort. La crème solaire n’existait pas encore et les montagnards étalaient de la cendre sur leur visage pour le préserver du soleil et de la neige. Les gens se lavaient dans une bassine d’eau chaude et allaient faire leur besoins aux « cabinets », une cabane en bois à l’extérieur du chalet. Il n’y avait pas toujours de frigo, les aliments étaient conservés dans du sel ou dans un récipient d’eau afin de les préserver des mouches. Il n’y avait pas non plus de panneaux solaires, mais les gens avaient de la suite dans les idées. Il suffisait d’un vélo sans roues sur lequel pédalait un enfant, et cet objet pouvait alimenter en électricité une radio ou une télévision. Il n’y avait pas de chauffage, nous nous servions d’une sorte de pierre chauffée, enroulée dans du papier journal et placé dans le lit pour le réchauffer. Aussi, le fer à repasser était un instrument en fer dans lequel était placé une petite brique en pierre chauffé. Aujourd’hui, les jeunes sont désemparés s’ils n’ont pas leur portable, leur home-cinéma et leur clim. Notre jeunesse est affaiblie par le confort et la sécurité.
Sur le plan social, les gens vivaient ensemble. Un habitat pouvait accueillir quatre génération, et les gens allaient d’une maison à l’autre, souvent à l’improviste, demander des nouvelles. Puis il y avait ces veillées lors des longues nuits d’hiver durant lesquelles se rassemblaient les gens du village. C’est au cours de ces veillées que les artisans fabriquaient de beaux objets en bois sculptés, que les femmes confectionnaient des vêtement de laine. La grolle, un ustensile rond muni d’un couvercle et pourvu de tubes de chaque cotés de l’objet dans lesquels les hommes buvaient la gnole chacun leur tour, les repas comme la fondue ou la raclette, témoignent de ce sentiment de partage et de convivialité chez les gens d’autrefois.
Il n’était pas aisé d’aller trouver une fille dans le village voisin, car les filles étaient surveillés et gare à celui qui, venant d’un autre village, osait s’aventurer dans tel ou tel village. Il avait les représailles de ses frères et des garçons du village. Aussi, les mariages consanguins étaient fréquents. Heureusement, les bals populaires des grands bourgs étaient l’occasions pour les jeunes gens de villages différents de faire connaissance, évitant ainsi les risques de consanguinité. Les enfants allaient à l’école pour une durée de six ans environs, avant le fameux certificat qui était l’équivalent du brevet, et il n’était pas rare que dans une seule classe se côtoyaient des enfants âgés de 8 à 16 ans. Il est faux de penser que les fils de paysans ne pouvaient accéder aux études. Si ce dernier se montrait intelligent, l’instituteur pouvait lui permettre de poursuivre ses études au séminaire ou dans une grande école, il fallait seulement en convaincre les parents. Ma grand-mère, fille de paysanne, était surdouée et s’était fait remarquée pour sa vivacité d’esprit. Aussi, l’instituteur supplia ses parents de lui faire poursuivre les études, mais ses derniers refusèrent en disant que sa place était à la ferme.
Ce monde a commencé à disparaître à la fin des années 1970. Au début des années 1980, les alpages devinrent une destination touristique et une zone frontalière. Alors l’argent est venu, et avec l’argent disparut le sens de l’humilité, de l’hospitalité et de la générosité chez les gens simples d’autrefois. Aujourd’hui, les rivières n’ont plus de poissons, les zones industrielles ont remplacé les plaines fertiles et les grand bourgs sont devenus des villes dortoirs. Mais le temps change. Certes, il apporte avec lui la perte des valeurs anciennes basées sur le partage et l’humilité. Mais il apporte aussi l’ouverture d’esprit, le progrès de la médecine, les merveilleuses technologies modernes et la liberté des mœurs qui ne peuvent qu’offrir une vie meilleur à la jeunesse. Bien sûr, l’idéal serait le bon sens d’autrefois combinée avec la technologie d’aujourd’hui, mais le monde parfait n’a encore jamais existé.